Mabele eleki lola ! La terre, plus belle que le paradis

By | 12 novembre 2020
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Après cinq années de rénovation, le Musée royal de l’Afrique centrale à Bruxelles, rebaptisé en 2018 AfricaMuseum entend marquer une rupture avec son passé et la célébration de l’histoire coloniale de la Belgique durant plusieurs décennies. Le Musée royal fut construit à la gloire du roi Léopold II et de la conquête du Congo. Le sculpteur congolais Freddy Tsimba est l’hôte de la première exposition d’art contemporain organisée par l’AfricaMuseum de Bruxelles, dont les portes ont été provisoirement fermées en raison de la pandémie de Covid-19.

Déconstruire le passé

Pourtant, le passé est bien au centre de ce projet qui propose une réécriture de l’histoire à travers les objets. Un parti pris qu’exprime le titre de l’exposition « Mabele eleki lola ! La terre, plus belle que le paradis » choisit par le commissaire de l’exposition, l’écrivain congolais In Koli Jean Bofane. L’artiste tisse une conversation entre ses oeuvres, ses installations et les objets des collections permanentes du Musée qu’il a sélectionnés. Vingt-deux pièces de l’artiste nouent un dialogue avec vingt-cinq pièces du musée. « C’est la première fois que nous donnons accès à nos collections à un artiste africain. Nous souhaitons que les créateurs contemporains puissent se réapproprier ces objets » , explique Guido Gryseels, le directeur de l’AfricaMuseum. Pourtant la confrontation aura bien lieu, car l’oeuvre du sculpteur stigmatise la violence contenue dans l’histoire du Congo.
Ce glaneur de génie compose ses sculptures à partir d’objets de récupération en métal, qu’il torture, triture, fond et assemble. Douilles de fusil, machettes, mais aussi des cuillères, des fourchettes. Instruments de la mort, outils de violence, outils de partage. La confrontation est là, symbole de violence, de joie et de plaisir.

Des objets qui célèbrent le culte des ancêtres

L’expérience à laquelle Guido Gryseels l’a convié ressemble à « une sorte de retour dans un passé qui ne cesse jamais de vous hanter », confie l’artiste qui en sélectionnant les objets a cherché , un écho, une résonnance avec son propre travail. Ce qui justifie par exemple la sélection de cette statue en bois Yombe qui représente une mère et son enfant présentant un dos scarifié tout comme les dos des personnages-fantômes de Tsimba, sculptures de femmes prisonnières de leurs chaînes, symbole d’une résilience évidente à accepter le poids du quotidien.

Freddy Tsimba est forgeron. Il connaît le pouvoir attribué à ces objets, patrimoine de la mémoire collective de l’Afrique, à travers lesquels se transmettent tradition et croyances. Car s’ils ont été consacrés par les pillards des temps coloniaux, les « oeuvres d’art » , ces objets sont bien voués à être des médiums de communication avec ceux qui ne sont plus, des objets pour célébrer le culte des ancêtres, des objets initiatiques.

Freddy Tsimba explique son point de vue sur la restitution des oeuvres d’art à leurs pays. « Leur spoliation n’est pas un simple vol d’objets. Il s’agit d’une capture spirituelle, une capture de l’esprit des ancêtres. La mémoire de ces objets existe encore, car leur histoire a été transmise par les anciens. C’est quelque chose de très profond qui a été arraché. Ils ont été prélevés d’une manière atroce. Il faut réparer ».

Le patrimoine de tout un peuple

La nécessité de les restituer au peuple congolais est pour l’artiste une évidence. Mais les enfermer dans un musée mérite réflexion. Pour Tsimba, ces objets qui sont avant tout « le patrimoine commun d’une population, doivent être ramenés dans les villages, auprès des communautés qui les ont perdus ». La question sur es conditions des transferts peut en effet ce poser alors que les musées du continent, à l’exception de certaines institutions, apportent encore la preuve de leur inaptitude à conserver les œuvres.

Le président congolais Félix Tshisekedi s’est d’exprimé en faveur de la restitution des oeuvres qui appartiennent à son pays. Mais jusqu’à présent, il semble qu’aucune demande officielle n’ait été formulée. En Belgique, la commission spéciale de dix experts nommée par la Chambre des représentants fin juin 2020 travaille sur le passé colonial de la RDC. Elle devrait rendre son rapport d’ici à la fin de l’année.

Source Le monde
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